Manouchka (automne 2003)
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Manouchka vit dans un pays développé d’Europe occidentale. Elle a 21 ans et est étudiante. En tant qu’étudiante et sans-le-sou elle a droit à un superbe 9m2, dans un immeuble gris à la peinture écaillée. Tous les étudiants n’ont pas cette chance.
De longs couloirs glacés de portes numérotées un peu comme dans un H.P..
Des murs partout, épais comme du carton, de sorte qu’on entend les engueulades, la musique et le détail des activités sexuelles de ses voisins de 9m2.
Anonyme et impersonnel cet endroit, comme ces villes pleines de monde où j’ai toujours vécu.
Un point positif dans ce ghetto, c’est qu’on est au moins traité comme des humains :
- Pas question de se retrouver dans un 9m2 à plus de 5. Passé 22h les veilleurs (qui veillent à votre sécurité) viennent vous dire que la fête est finie, because trop de bruit.
- Une masse de voisins qui font la gueule, qui ne se disent même pas bonjour, ne se regardent même pas. Sans doute qu’on n’a pas choisi de vivre ici.
- Pas question d’égayer les pièces communes avec les voisines : le directeur n’apprécierait pas et les femmes de ménage vous fauchent vos affiches.
- Tous les matins à 9h : toc, toc, toc. On frappe à la porte.
« - Oui ? ». Tant qu’on n’a pas dit le mot magique le maton-femme de ménage ne vous lâche pas. Elle entre dans un bruit fracassant pendant votre sommeil pour s’assurer que vous êtes encore vivants. Quelle vie !
- Eh, Germaine : t’imagines qu’il y en a qui répondent même pas !
- Ah, Ginette… Des ingrats ! »
Délicate attention. A l’époque où j’habitais dans ces taudis un voisin s’était pendu avec la chaîne qui ouvrait le volet à lattes.
Est-ce qu’on a tellement une culture de la résignation que tout le monde semble accepter ça ?
Manouchka a essayé de faire de ce lieu quelque chose d’un peu moins sinistre.
Elle aime les gens, la convivialité, le partage. De jolis mots, vous me direz.
A propos de mots… A force d’être prise pour une conne, une gamine rêveuse et irresponsable, Manouchka a écrit d’autres mots. Des mots moins jolis ceux-là, des mots de rage sur les murs de son ghetto.
Courage, Manouchka, je t’aime. Un de ces quatre on arrivera à faire un chez-nous quelque part, sans grands chefs ni petits chefs. Un lieu convivial pour ceux qui viennent où on pourra grandir en paix.
Salut à toutes les Manouchka de la Terre.
