Hommage à François Béranger

Publié le par Jack

[François Béranger dans les années 1970 / Photo Bruno Scagliotti]

[François Béranger dans les années 1970 / Photo Bruno Scagliotti]

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  (Ce texte a été récupéré dans les chutes d'un projet de fanzine datant de 2003. Je le publie car le sujet m'intéressait toujours.)

Béranger est mort au mois d’octobre. La télé a très laconiquement la nouvelle via l’organe de propagande officiel qu’elle appelle "journal télévisé".
“François Béranger, chanteur”, c’est tout ce que j’ai pu entendre.
Ces cancres de chasseurs d’images n’ont pas jugé nécessaire d’en chercher pour lui. Pas intéressant sans doute. Pas télévisuel, le Béranger. Quelqu’un qui n'aimait pas le spectacle télévisuel :
 
“Rien de changé depuis qu’un soir j’ai pissé
Sur ma télé tellement c’était chouette
Et bien sûr toute l’électricité m’est passée
Dans la quéquette”
 
(extrait de “ Manifeste ”)
 
Probable qu’il en rigolerait.
C’est vrai que pour être connu du public il faut bien utiliser des moyens de communication, mais peut-être pas celui-là. Le public n’a qu’à chercher d’autres sources d’infos après tout…
Pour ceux qui liront ce texte et qui ne le connaitraient pas, je vais présenter très modestement cet homme pour qui j’avais une grande affection.

 
BERANGER, François (biographie sommaire et approximative) :
Né en 1937 ou 1938 – il dit en 1978 dans Participe présent (vidéo plus bas) avoir 40 ans - “dans un p’tit village qu’a un nom pas du tout commun” - dans Tranche de vie (vidéo plus bas aussi), mais j’ai oublié le nom du village.
Son père a été ouvrier avant de monter dans l’échelle sociale (dit dans Chansons politiques d’aujourd’hui sans plus d’informations). Passé le lycée, il va travailler chez Renault, puis est mobilisé pour l’Algérie. Après la boucherie il reprend l’usine et fait différents petits boulots dans la télé et le cinéma.
Après 1968 il se consacre de plus en plus à la chanson.
Il a sorti ses premiers disques dans les années 70 et son œuvre tiendrait sur 14 CD (d’après le très sympathique libraire de la librairie Publico-145, rue Amelot à Paris) (vous pouvez l’appeler pour avoir des tuyaux : il est tout simplement adorable) (une prochaine fois je lui consacrerai un poème, promis juré !).
Béranger a chanté à la Fête de l’Huma, de Rouge (journal de la LCR), de l’ancien PSU (Parti Socialiste Unifié, qui parlait d’autogestion à une époque où le mot “ socialiste ” ne faisait pas forcément rigoler), pour Le Monde Libertaire (hebdo de la Fédération Anarchiste) et plus récemment (2000) dans le cadre d’ “Un autre futur” organisé par la CNT (Vignoles) à Paris. Il était toujours du côté des prolos, de ceux et celles qui contestaient le capitalisme.
 
Quand j’étais ado j’avais trouvé un de ses albums dans les vieux vinyles de mes parents communistes et j’avais adoré écouter ce bonhomme mystérieux qui parlait de révoltes, de syndicats et de bagarres avec les patrons d’une manière si peu orthodoxe.
Je me rappelle l’avoir vu dans “L’AN 01”, le film collectif délirant signé Jacques Doillon et réalisé d’après un scénario de Gébé. Il jouait aux côtés de gens devenus célèbres plus tard, comme la bande du Café de la Gare (Miou-Miou, Coluche, Depardieu), l’équipe de Charlie (Cabu, Cavanna, Wolinski) et de vedettes déjà internationales comme Henri Guibet.
Ses chansons parlent des prisons, du flicage de la population (bien avant Vichy-pirate), des conditions de vie des ouvriers, de son dégoût pour les milieux du show-biz et des politiciens, de la vie de gens simples et anonymes. Le tout avec beaucoup de tendresse, une âme d’enfant et de la rage aussi parfois.
Des chansons à textes (comme on dit), mais rien à voir avec les élans fougueux d’esthète écorché vif de Ferré ou le vocabulaire encyclopédique de Brassens.
Des mots simples, des mots de tous les jours. Pas du trash, de la musique juste ce qu’il faut. Refusant d’être vu comme une icône ou un idéologue, il dit son désir d’un changement de société tout en faisant part de ses doutes et de son refus de commencer à vivre après un hypothétique Grand Soir.
Renaud à ses débuts (un autre chanteur regretté, mais celui-là “mort et récupéré”) lui a un peu piqué son look et sa façon grand rêveur de dire ses émotions.
 
Je ne sais rien de plus sur lui.
Voici un choix de ses textes qui me font frissonner.
Salut, l’ami. Merci pour tout.
Bonjour à Bakounine, Georges Marchais, Reiser et Robin des bois !
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Avril 78 (1978*)

Un pays divisé trace ses frontières
Les uns s’arment de peur, les autres d’espoir
Demain nous donnera sa réponse claire
Ceux d’avant de toujours seront encore maîtres
Tripotant le pouvoir au fond des châteaux
Technocrates savants nous changeant en robots

Les promesses de Mai ne sont plus que rêve
Un rêve de 10 ans, vieux, c’est déjà vieux
Demain nous donnera sa réponse claire
Ceux d’en bas par millions ont-ils eu raison
De changer les clameurs, les coups, la violence
En petits bulletins dans une urne sans fond ?

Si nos maîtres demain sont toujours les mêmes
Qu’ils soient bons comédiens et bardés de flicaille
Demain nous donnera sa réponse claire
Après mars et avril c’est le mois des clameurs
Des millions en ont marre d’être des cocus
Des millions qu’en ont marre ça peut faire du chahut

Si nos maîtres demain changent de figures
Qu’ils brûlent avant tout toutes les ordures
Demain nous donnera sa réponse claire
Qu’on les mette en avant tous les gens sans noms
Qu’on les hisse, qu’on les pousse, qu’on leur mette en mains
Leur propre destinée et puis on verra bien

Dans mes mots maladroits se cache la peur
De ne plus espérer ni en vous ni en moi
Demain nous donnera sa réponse claire
Quand la fête est finie le lendemain vient
Quelle fête ferons-nous de ces lendemains ?
Quelle vie nous ferons-nous avec nos propres mains ?
 
 

 
*C’est pas forcément évident.
Le vieux
 
Combien d’entre nous ont vu
Le vieux qui passe dans la rue
Epouvantail toujours gris
Que la cité a exclu ?
La rue, les gens et le monde
Vont bien trop vite pour lui
Dans ses yeux absents d’enfant
Ne passe que l’effroi du temps
Pour descendre et remonter
Six étages d’escaliers
Il faut l’éternité
Quelle faute a-t-il pu commettre
Le vieux tout gris qui traîne
Ses vieux membres rassis ?

Combien d’entre nous ont fait
Quoi que ce soit de palpable
Un geste, un mot, un sourire
Pour le raccrocher à nous ?
La vieillesse nous fait frémir
On ne veut pas croire au pire
Nos yeux ne retiennent d’elle
Qu’une image irréelle
Mon vieux à mois tous les mois
Va à tous petits pas
Empocher sa pension
Il se ménage au retour
Un détour insolite
Chez le glacier du coin.

Quand je s’rai vieux et tout seul
Demain ou après demain
Je voudrais comme celui-là
Au moins une fois par mois
Avec mes sous si j’en ai
M’acheter une glace à deux boules
Et rêver sur leurs saveurs
A un monde rempli d’enfants
Mais peut-être que pour nous
Nous les vieux de demain
La vie aura changé
En s’y prenant maintenant
Nous-mêmes et sans attendre
A refaire le présent.

Je donne à ceux qui sourient
Et qu’on bien l’ droit de sourire
Rendez-vous dans 20-30 ans
Pour reparler du bon temps…
 
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Et voici la playlist du CD d'hommage qui lui a été rendu par quelques grands noms de la chanson française en 2008 :
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Merci de nous parler de François Béranger né comme moi dans un petit village qu'a un nom pas du tout commun.Salut et fraternité
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