L'effondrement de notre civilisation

Publié le par Cumulolingus

C'est Yves Cochet qui aurait utilisé le premier le terme de "collapsologue" il y a quelques années pour se définir - de l'anglais to collapse (s'effondrer). Il a été des membres fondateurs des Verts au début des années 1980, s'est intéressé à la décroissance, a été ministre de l'Environnement sous Lionel Jospin en 2001 et a tenté d'attirer l'attention sur l'effondrement à venir de la société industrielle en publiant plusieurs livres sur la fin des énergies fossiles depuis le début des années 2000. Autant dire qu'il a pissé dans un violon.
En 2017, il est interviewé dans le cadre d'une série web-documentaire (Next), dont je recommande les épisodes courts et intéressants :
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Selon un article de France Info d'août 2019, il vit aujourd'hui « retranché dans la campagne au nord de Rennes pour se préparer à l'effondrement du monde qui "nous arrive en pleine tronche". »
Cochet a aussi préfacé le livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle : Une autre fin du monde est possible : Vivre l'effondrement (et pas seulement y survivre), sorti en 2018. Dans la vidéo qui suit Servigne parle de "collapsologie", néologisme qu'il a construit à partir de l'expression d'Yves Cochet :
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Et ici une présentation plus courte de Servigne dans le cadre de la série web-documentaire Next (2017) :
Je fais ici une liste non exhaustive de publications et de travaux de recherche en lien avec l'idée d'effondrement de la société industrielle :
 
- 1896 : Svante August Arrhenius (chimiste suédois), met en évidence l'"effet de serre" et fait le lien avec la consommation croissante de charbon et le développement de l’industrie.
 
- 1957 : Roger Revelle (océanographe américain) et Hans Suess (chimiste et physicien nucléaire autrichien) alertent sur le réchauffement climatique.
 
- 1972 : Donella et Dennis Meadows (scientifiques de l'environnement) et Jørgen Randers publient Les Limites à la croissance (dit "Rapport Meadows"), qui prévoit l'éventualité d'un effondrement lié aux croissances économique et démographique. Ils prônent la limitation des naissances, la taxation de l'industrie pour en stopper la croissance et de réorienter les ressources ainsi prélevées vers l'agriculture, les services et la lutte contre la pollution en priorité. Pour que cette économie sans croissance puisse être acceptée les auteurs proposent de répartir les richesses afin de garantir la satisfaction des besoins humains principaux. L’objectif est ici « un affranchissement de la faim et du dénuement qui reste, aujourd’hui encore, le privilège de si peu d’hommes sur la terre » (d'après Wikipedia).
En 2012, juste avant la Conférence de Rio sur le développement durable, Dennis Meadows déclare ne plus croire dans la résolution des problèmes environnementaux par les dirigeants.
 
- 1973 : René Dumont (ingénieur agronome et militant pacifiste) publie L'Utopie ou la mort. Le site Babelio en dit : "Les réalistes nous annoncent un effondrement total de notre civilisation au cours du prochain siècle si se prolongent les croissances exponentielles de la population et de la production industrielle, et la misère à perpétuité du Tiers Monde. C'est pourquoi René Dumont propose de réhabiliter les Utopies, et cherche à dessiner, pour notre planète assiégée, les premiers traits d'une société de moindre injustice et de survie, la société sans mépris."
 
- 1974 : Dumont est le premier candidat écologiste aux élections présidentielles en France. Dans la vidéo j'ai été atterré par les objections faites par l'intervieweur, notamment celle que ça mettrait les entreprises françaises en danger au niveau de la concurrence internationale si elles devaient investir dans des mesures antipollution.
D'après sa fiche sur Wikipedia, Dumont "soutenait en particulier le contrôle des naissances, les économies d'énergie, la coopération internationale avec les pays en développement, la protection et la remédiation des sols. (...)
Il considérait que le développement n'était pas une question d'argent (problème économique), de système social, ni de techniques (engrais, semences), mais plutôt la résultante d'un équilibre entre les trois. Il donnait une place importante à l'intelligence des paysans et à leur capacité d'apprentissage et d'innovation. Il soutenait que les relations entre les hommes et leurs champs reposaient essentiellement sur les relations existantes entre les hommes eux-mêmes, les relations sociales constituant les bases sur lesquelles reposent une agriculture et un développement industriel de qualité. Enfin, il considérait que les piliers soutenant de bonnes relations sociales entre les hommes reposaient sur de bonnes relations entre les hommes et les femmes. Il affirmait ainsi sa croyance en l'importance de l'émancipation des femmes dans le cadre du contrôle démographique."
"Dumont a été un des premiers à expliquer les conséquences de ce qui ne s'appelait pas encore la mondialisation : explosion démographique, productivisme, gaspillage, pollution, bidonvilles, fossé des inégalités grandissant entre pays du Sud et pays du Nord."
Sa candidature, avant la constitution du premier parti écologiste, lui a fait obtenir 1,32% de voix...
 
- 1988 : Création du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, en anglais Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) qui devient une instance incontournable.
Sa naissance et ses règles de fonctionnement mêleraient étroitement science et géopolitique. Il aurait été créé par le G7 (USA, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Canada, Italie) sous la pression de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher pour empêcher une agence de l’ONU, « soupçonnée de militantisme écologique », de s’imposer comme référence en matière d’expertise climatique. C’est une organisation hybride qui associe représentants des États (195) et scientifiques.
Le GIEC n’entreprend pas de nouvelles recherches, mais évalue l’état des connaissances sur la base de la documentation technique publiée et examinée.
Il a fourni cinq rapports d’évaluation (1990, 1995, 2001, 2007, 2014 – le 6e est prévu pour 2022), ainsi que des rapports spéciaux comme celui d’octobre 2018 sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C (SR15).
Bien loin des accusations d’exagération proférées par les "climato-sceptiques" comme Trump, qui a cessé de payer la contribution des États-Unis au budget du GIEC (1,6 million d’euros/an sur 6 millions), la tendance serait plutôt à sous-estimer la menace. D’ailleurs chaque nouveau rapport confirmerait l’hypothèse la plus grave des prévisions précédentes.
Un certain nombre de points de ces rapports étaient assez alarmants. Je n'en connais pas le détail.
 
- 2005 : Jared Diamond (géographe, biologiste évolutionniste, physiologiste, historien et géonomiste américain) publie Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Collapse: How Societies Choose to Fail or Survive).
 
- 2005 : Yves Cochet (mathématicien et ancien ministre de l'Environnement) publie Pétrole apocalypse (vidéo).
 
- 2015 : Pablo Servigne (ingénieur agronome, docteur en biologie, spécialisé dans les thèmes de la transition, de l’effondrement, de l’agroécologie, de la permaculture et des mécanismes d’entraide) et Raphaël Stevens (chercheur indépendant et formateur, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques) publient Comment tout peut s'effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.
 
- 2019 : Fred Vargas (archéozoologue et romancière) publie L'Humanité en péril (vidéo).
 
J'ajoute à la chronologie une info très importante que je viens de découvrir :
- juillet 2018 : Le Premier Ministre français Edouard Philippe a avoué à demi-mots au Ministre de l'Environnement Nicolas Hulot qu'il sait que nous sommes en danger de mort si on ne change pas de cap d'urgence.
Il fait allusion au livre de Jared Diamond de 2005 (vidéo ci-dessous) qui traitait de comment des civilisations ont disparu. Entre-temps Hulot a démissionné de son poste, considérant qu'il ne pouvait rien faire seul et n'était pas suivi. Rien de consistant n'a été fait depuis.
Aux yeux de ceux qui tiennent le pouvoir politique et économique, on serait donc condamnés, car eux ne feront rien.
 
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Voici un numéro du magazine Compléments d'enquête diffusé sur France Télévision en juin 2019, dans lequel on voit au moins Dumont, Cochet et Servigne. Si j'ai trouvé le reportage intéressant, car il fait un balayage assez large qui permet de découvrir de quoi il est question, j'y ai trouvé des défauts assez énormes.
 
Je pense au début lourdingue avec cette starlette qui a acheté un château pour se mettre à l'abri avec ses enfants. Et surtout à la fin, où l'animateur tente à plusieurs reprises de faire cracher à la médecin invitée que décidément les collapsologues exagèrent. Jusqu'à ce qu'il y arrive. Ah, le côté sensationnaliste des grands médias...
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