Pascal Bruckner, gardien de la "pensée dominante" ?
En regardant cette vidéo j'ai eu envie d'écrire quelques lignes sur Pascal Bruckner, que j'ai vu présenter un de ses livres intitulé Le Fanatisme de l'apocalypse dans l'émission On n'est pas couché. Certains de ses arguments révèlent assez clairement l’égoïsme d'un homme qui a choisi le camp des dominants : les riches qui voudraient vivre chichement, sourds aux revendications égalitaires de ceux qui sont dominés.
Il met dans le même sac la pensée écologiste et les farceurs qui depuis des siècles prévoient la fin du monde. Manque de discernement, malhonnêteté intellectuelle ou réflexe clanique de défense des intérêts de sa classe sociale ?
Si l'activité humaine causée par le système capitaliste détruit la planète, de nombreuses espèces et remet en question la pérennité de l'existence de l'humanité, ce "grand intellectuel" préfère voir le mal dans les "écologistes" et leur "catastrophisme", qui l'empêchent apparemment d'avoir bonne conscience en menant tranquillement une vie de privilégié hédoniste (ce qui lui est un peu objecté dans l'émission).
Il utilise la grosse ficelle qu'utilisent certains auteurs dits réactionnaires (comme Zemmour ou Finkielkraut) : appeler "penser dominante" un ensemble de combats égalitaristes (comme l'anticolonialisme, le féminisme, l'écologie) contre un ordre où l'entretien de l'idée d'inégalités génère des destructions en chaîne, en laissant entendre que ces combats ont été gagnés et que ses militants seraient devenus tout puissants.
Ça me rappelle les discours du Figaro Magazine dans les années 70, fondés idéologiquement sur l'idée que l'inégalité serait naturelle, à rebours donc des idéaux de la Révolution française et de la Déclaration des Droits de l'Homme. Bruckner se revendique des Lumières. Mais dans les Lumières il y a aussi des auteurs qui cautionnent certaines inégalités.
Si la pensée écologiste peut empêcher certains de s'empiffrer en paix, en entendant ces propos, j'ai été pris d'une violente nausée.
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En cherchant plus loin dans le passé, j'ai trouvé une autre séquence de la même émission. C'est un échange entre Eric Naulleau, ancien chroniqueur d'On n'est pas couché et le même Bruckner.
Si j'ai eu du mal avec la posture d'accusateurs publics de Naulleau et Zemmour dans l'émission (massacrant avec application des gens que je trouve bienveillants et soucieux du bien commun, mais moins charismatiques qu'eux ou juste moins mis en vedettes dans le show télé), j'avoue avoir jubilé en entendant Naulleau vider son sac sur Bruckner. Ce dernier venait présenter un roman qu'il avait écrit, Mon petit mari. Naulleau a fait sa critique de manière très émotionnelle, faisant un lien entre le personnage du roman et les idées qu'il attribue à l'auteur : le pro-américanisme et l'anti-féminisme.
Je me souviens que l'invité de l'émission avait été épinglé par Guy Hocquenghem dans son livre Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, dans lequel il listait des personnages médiatiques, anciens gauchistes pour la plupart, qu'il décrivait comme imposteurs ou opportunistes.
Pour conclure, si l'expression "pensée dominante" est piégée, car utilisée par des auteurs réactionnaires pour discréditer tout combat égalitariste, Pascal Bruckner semble être, par contre, un très bon défenseur de l'ordre établi.
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