Instrumentalisation de la défense des animaux...
Les faits datent d'il y a quelques mois. Cela dit, c'est toujours d'actualité, vu les questions de fond que ça soulève.
Je rassemble donc ici les termes de la campagne de la Fondation Brigitte Bardot et l'analyse critique qui en a été faite par les Editions Tahin Party, une maison d'édition antispéciste.
Tout d'abord, le texte de la Fondation (lien original cité plus loin) :
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Abattage rituel
HALAL, CASHER : SEPT ORGANISATIONS FRANÇAISES DE DÉFENSE DES ANIMAUX S’ÉLEVENT CONTRE LA CENSURE !
4 janv. 2011
Alors que l’on trouve, partout, la publicité Isla Délice « fièrement halal » (presse écrite, affichage) ou Zakia halal « toujours un régal » (spot TV), les organisations françaises de défense des animaux ont été contraintes de ne pas mentionner « halal » ou « casher » sur leurs affiches…
On peut donc s’afficher « fièrement halal » mais il est interdit de dire ou montrer la souffrance qui se cache derrière cette dénomination.
Malgré l’avis défavorable de l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité) et les pressions exercées par son Président, Dominique Baudis (également Président de l’Institut du Monde Arabe), nos organisations ont tout de même réussi, après un bras de fer avec les afficheurs, à maintenir une campagne nationale dénonçant la cruauté de l’abattage rituel. Celle-ci sera donc présente à partir du 3 janvier 2011 dans de nombreuses villes françaises (Paris, Bordeaux, Brest, Lyon, Bayonne, Marseille, Nantes, Toulon, Toulouse, Rouen, Lille, Nancy, Tours, etc...).

Egorgé à vif sans étourdissement et dans de grandes souffrances.
C’est ça, un abattage rituel.
« Du point de vue de la protection des animaux et par respect pour l’animal en tant qu’être sensible, la pratique consistant à abattre les animaux sans étourdissement préalable est inacceptable, quelles que soient les circonstances ». Cet avis de la Fédération des Vétérinaires d’Europe est repris en signature de l’affiche placardée depuis hier, dans de nombreuses villes françaises, sur plus de 2.200 panneaux publicitaires.
Tromperie du consommateur
Toutefois, l’information du consommateur sur la distribution dans le circuit classique de viandes issues d’un abattage sans étourdissement reste interdite… comme s’y est engagé Brice Hortefeux auprès des cultes musulman et juif.
Sans étiquetage spécifique, le consommateur est donc volontairement tenu dans l’ignorance du mode d’abattage. Pourtant, jusqu’à 60% de la viande issue d’animaux abattus selon le rite musulman et plus de 70% de la viande issue du rite juif se retrouvent dans le circuit classique à l’insu des consommateurs.
Pratiquement 100% des bêtes destinées à la consommation générale sont égorgées en toute conscience !
Si la réglementation européenne prévoit une dérogation à l’obligation d’étourdissement préalable des animaux dans le cadre de l’abattage rituel, cette dérogation tend à devenir la règle dans de nombreux abattoirs, pour des raisons économiques. D’après une enquête menée, en France, par l’OABA dans 225 établissements d’abattage : 28% des gros bovins, 43% des veaux et 62% des ovins-caprins sont abattus sans étourdissement. Ce type d’abattage se généralise au point que, dans les abattoirs d’Île-de-France, pratiquement 100% des bêtes destinées à la consommation générale sont égorgées en toute conscience !
Liste des associations unies
Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs - Fondation Brigitte Bardot - Fondation Assistance aux Animaux - Protection Mondiale des Animaux de Ferme - Conseil National de la Protection Animale - Société Nationale pour la Défense des Animaux - Confédération Nationale des SPA de France.
La réalité des abattages rituels en images :
(vidéo à voir sur le site de la Fondation - cité à la fin du texte)
(...)
Déclaration de Brigitte Bardot à l'AFP :
PARIS, 4 jan 2011 (AFP) - "Cet animal va être égorgé à vif sans étourdissement et dans de grandes souffrances, c'est ça un abattage rituel": ce slogan figure à côté d'une tête de veau sur les affiches d'une campagne lancée mardi par plusieurs associations dont la Fondation Brigitte Bardot.
"Je ne supporte plus que pour plaire à un dieu, on égorge les animaux sans étourdissement préalable comme au Moyen-Age alors que nous avons des moyens modernes d'éviter la souffrance animale", a affirmé à l'AFP Brigitte Bardot, à l'origine de cette première campagne nationale d'affichage.
"Je n'admettrai jamais ce genre de pratique dans un pays évolué comme la France", a insisté la star, qui mène "un combat sans relâche contre ces abattages cruels et barbares depuis 2005".
La Fondation Brigitte Bardot a organisé cette campagne visant "à alerter et informer les consommateurs" avec six autres associations de défense des animaux, dont la Fondation Assistance aux animaux et la Confédération nationale des SPA de France.
Selon B.B., "Dominique Baudis, à la tête du conseil d'administration de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité et président de l'Institut du monde arabe, nous a fortement déconseillé de mentionner halal ou casher sur les 2.266 panneaux d'affichage".
"On peut donc s'afficher "fièrement halal"; mais il est interdit de dire ou montrer la souffrance qui se cache derrière cette dénomination", dénonce le communiqué des organisations de défense animale.
La campagne, relayée par un site internet (abattagerituel.fr), est soutenue par la Fédération des vétérinaires d'Europe, qui signe en bas de l'affiche: "Du point de vue de la protection des animaux et par respect pour l'animal en tant qu'être sensible, la pratique consistant à abattre les animaux sans étourdissement préalable est inacceptable, quelles que soient les circonstances".
Pour la Fondation Bardot, "sans étiquetage spécifique, le consommateur est donc volontairement tenu dans l'ignorance du mode d'abattage".
Selon elle, jusqu'à 60% de la viande issue d'animaux abattus selon le rite musulman et plus de 70% de la viande issue du rite juif se retrouvent dans le circuit classique à l'insu des consommateurs.
La réglementation européenne, qui prévoit une dérogation à l'obligation d'étourdissement préalable des animaux dans le cadre de l'abattage rituel, tend à devenir la règle dans de nombreux abattoirs, estiment par ailleurs les défenseurs des animaux.
(Lien direct vers le site et plus d'infos >ICI<)
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Maintenant, voici la critique faite par les Editions Tahin Party :
COMMUNIQUÉ DE PRESSE (17 février)
LA PRISE EN COMPTE DES ANIMAUX N'A PAS BESOIN D'UNE CAMPAGNE D'AFFICHAGE RACISTE !
Les éditions tahin party ont publié dès leur fondation plusieurs livres contre le spécisme, et le collectif éditorial se perçoit comme une composante du mouvement pour l'égalité animale, lui-même partie d'un mouvement plus large visant à prendre en compte les intérêts des animaux non humains. Nous pensons la lutte pour les animaux dans la continuité des luttes pour l'égalité entre humain-es.
C'est donc en tant que défenseurs des animaux que nous tenons à réagir à la campagne d'affichage contre « l'abattage rituel » lancée par la Fondation Brigitte Bardot, l'Oeuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir, la Confédération nationale des SPA, la Protection mondiale des animaux de ferme, etc.
De quoi s'agit-il ?
Sur une première affiche, représentant une vache : « Cet animal va être égorgé à vif sans étourdissement et dans de grandes souffrances. C'est ça, un abattage rituel ». Plus bas, un deuxième texte désigne plus clairement les cibles : « Les sacrifices Halal et Casher ne doivent pas devenir la norme en France ».
La deuxième affiche représente une petite fille, la peau blanche et les grands yeux gris de l'innocence, dont on nous dit : « Laura ignore manger Halal ou Casher. Pourtant on lui impose ». « 60% des animaux égorgés rituellement, sans étourdissement et dans de grandes souffrances, se retrouvent sans étiquetage dans vos rayons. »
Selon la loi française, certains animaux sont censés être étourdis avant d'être abattus. Cette loi a pourtant prévu des exceptions, notamment dans le cas où l'étourdissement semblerait contraire à des prescriptions religieuses. C'est contre cette exception particulière que cette campagne d'affichage est dirigée.
Rituels français et rituels capitalistes
Pourtant, et pour ne citer que quelques exemples :
Dans les abattoirs « français », les ratés de l'étourdissement sont légion. Par exemple, on estime à 10% le nombre de lapins qui arrivent à la saignée mal étourdis, voire pleinement conscients.
Les poulets mangés par les « Français » sont en énorme majorité élevés en batterie, où leurs conditions de vie sont si dures qu'on doit leur épointer le bec pour éviter qu'ils ne s'entretuent. Ces mêmes poulets sont envoyés à l'abattoir après un an et demi de calvaire. Le transport et la mise à mort se font aussi dans des conditions insupportables.
Les millions d'animaux tués dans les fermes pour consommation « familiale » ne sont que rarement étourdis.
Des millions de pigeons et de cailles sont tués de façon atroce par la décompression soudaine dans des « caissons à vide ».
Les dizaines de millions de poussins mâles surnuméraires (poules pondeuses) sont éliminés en masse (écrasés au rouleau compresseur, etc.) sans qu'il soit question d'étourdissement.
La production du foie gras (82 millions de canetons concernés par an ; la moitié, les canetons femelles en ce cas, éliminée en masse) implique un gavage qui relève de la torture pour les oies et les canards, mené jusqu'au point où le taux de mortalité exploserait et ferait baisser la rentabilité.
Le nombre de poissons pêchés échappe à tout le monde, puisque seul le poids est évalué. On estime qu'il s'agit de centaines de milliards d'animaux chaque année. Chacun de ces poissons meurt de suffocation, ou de manière pire encore : mutilation par les filets, etc.
Il ne s'agit là que d'exemples. Ils montrent pourtant déjà que la tradition « française » la plus ancrée, le rituel du capitalisme le plus « occidental », produisent une quantité de souffrance animale auprès de laquelle l'abattage rituel judaïque ou musulman semble hélas bien anecdotique.
Le site qui accompagne la campagne d'affichage ajoute la manipulation suivante : si l'abattage rituel est présenté sur une vidéo très explicite, l'abattage avec étourdissement est présenté par une suite de trois schémas monochromes qui lui enlèvent toute forme de violence. La viande mangée par les musulmans et les juifs serait donc le fruit de la barbarie, alors que celle que mangent les « bons Français » (bien informés par l'étiquetage revendiqué par cette campagne) serait une viande produite sans douleur, où l'abattage n'a rien d'un meurtre, où le sang est absent.
Cette campagne seconde parfaitement la présentation des chairs en barquettes plastique sous cellophane dans la tâche de faire oublier que la « nourriture » qu'on achète a été un animal vivant et sensible.
Une campagne raciste
Dans ces conditions, une campagne d'affichage sur le thème spécifique de « l'abattage rituel» n'a vraisemblablement pas grand chose à voir avec une réelle campagne pour le bien-être animal, mais sans doute bien plus avec un discours de stigmatisation de populations humaines.
Il y a même fort à parier que cette campagne va se révéler contre-productive du point de vue de l'ensemble des animaux massacrés pour leur chair, dans la mesure où focaliser sur des pratiques de populations déjà stigmatisées permet au reste de la population d'atténuer ses scrupules concernant ses propres agissements.
Ces dernières semaines, les médias présentent de nombreuses analyses où les commentateurs montrent que dans les restructurations idéologiques des extrêmes-droites européennes, le musulman a remplacé le juif en tant que corps étranger, barbare et hostile à la nation. Les signataires de cette campagne surfent sur l'antisémitisme le plus classique, allié à l'islamophobie la plus moderne.
Alors ?
Il semble que l'abattage rituel ait été institué jadis pour diminuer les souffrances des animaux tués. Ainsi, les religieux juifs et musulmans semblent en réalité partager avec les signataires de la campagne la préoccupation du bien-être animal. Or, au 21e siècle, où l'on sait très bien comment se nourrir sans viande, le meilleur moyen de diminuer les souffrances des animaux est encore de ne pas les tuer du tout.
Chiche ?
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