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Vendredi 12 octobre 2007
Philippe Val caresse le Medef et attaque un collaborateur du Plan B

« Je me sens parfaitement bien au Medef et je suis content d'y avoir été invité », nous déclare le patron de Charlie Hebdo. En attendant la parution dans les colonnes du Plan B, le 5 octobre, d'un grand reportage sur les singes savants du patronat, notre journal met en ligne les éléments d'une étonnante controverse.


Invité le 30 août à l'université d'été du Medef pour co-animer un « atelier » sur la « liberté d'expression », Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo, a très mal vécu l'intervention d'un sardon(1) du Plan B, Olivier Cyran, à l'issue d'un « débat » supposé se dérouler dans l'intimité patronale. Piqué au vif, le chef d'état-major de l'hebdomadaire « satirique » contre-attaquait quelques jours plus tard en assaisonnant le trouble-fête, par ailleurs ex-collaborateur de Charlie Hebdo (où Cyran a travaillé de 1992 à 2001), dans un éditorial acariâtre et peu regardant sur les faits, intitulé « Au Medef dans la position du mercenaire ». Le Plan B publie ci-dessous un large extrait du conte de fées de Philippe Val ainsi que la réponse que lui a adressé Olivier Cyran.



Editorial de Philippe Val dans Charlie Hebdo du 12 septembre 2007 :

Au Medef dans la position du mercenaire
Le rendez-vous était à 7h30 du matin à Jouy-en-Josas. C'est pourtant vrai que les patrons se lèvent tôt... A la fin de la table ronde à laquelle je participais à l'université d'été du Medef, alors que je terminais sur le problème que pose l'appropriation de moyens d'information par des industriels qui, comme Bouygues, Lagardère ou Dassault, passent des marchés avec l'Etat, une remarque a fusé, sèche : « Maintenant que tu es invité au Medef, tu te gardes bien de parler de l'appropriation des moyens d'information par les marchands d'armes... » Moment de distraction de mon contradicteur véhément ? Heure trop matinale l'ayant contraint à piquer un petit roupillon pendant que je parlais ? Je ne sais. Je lui rappelai que je venais juste de développer le sujet, mais rien n'y fit, il s'entêta. Il avait apparemment le réveil grognon, et je ne saurais lui jeter la pierre pour cela, moi-même ayant choisi un métier intellectuel pour éviter d'avoir à me lever trop tôt. La rencontre étant terminée, le contradicteur, qui était en réalité accompagné d'une petite équipe de tournage, me bondit dessus pour me « cuisiner ». Et quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître – au Medef ! – mon ami Olivier Cyran, que les plus âgés d'entre les lecteurs de Charlie connaissent bien. Toujours en forme, discrètement bronzé, il m'aboya quelques questions qui contenaient déjà les réponses, dans le genre « maintenant que tu es vendu au patronat, est-ce que tu ne crois pas que tu es vendu au patronat... ? »
Mais au cœur de la forteresse ennemie, on peut comprendre qu'il ait été un peu agressif et mal à l'aise, comme a dû l'être Jean Moulin quand il a pénétré dans les locaux de la Gestapo à Lyon. Je veux rendre hommage à Cyran, qui, depuis des années, consacre une grande partie de sa vie à surveiller mes dérives et à les dénoncer sur Internet dans des sites qui sauvent le monde en publiant des listes de traîtres. Je sais à quel point il espère que je m'améliore et ça me touche. Son entreprise est d'autant plus belle qu'elle est sans espoir. Comme la plupart des gens, j'empire en prenant de l'âge...


Mon intervention dans un débat organisé par le Medef a eu un certain succès, puisque le lendemain, sur France Inter, elle a été largement relayée. Didier Porte, un des meilleurs chroniqueurs de la maison, m'a fait la gentillesse confraternelle de me coucher sur la liste des ralliés à Sarkozy, car c'est son métier de dire des choses amusantes. Mais l'honneur suprême est venu du titan de la vraie gauche, l'Hercule de la radicalité, le Rambo de l'alter-révolution, l'homme des ondes pures et de la modulation de fréquence éthique, Daniel Mermet lui-même qui n'a pas manqué lui aussi de me dénoncer entre deux de ces fameux gloussements sarcastiques qui ont fait sa gloire de Millau à Porto-Alegre. Etre cité - en bien ou en mal, qu'importe – par Daniel, c'est entrer dans l'Histoire par la grande porte. J'en suis tout confus, et, au nom de notre ancienne amitié, je l'en remercie.


[Le reste de l'édito est consacré à justifier la participation de l'auteur à l'Université d'été du Medef – dialogue, démocratie, etc. – et se termine par une allusion aux gauchistes qui le poursuivent jusque dans les toilettes du Medef].


(la réponse d'Olivier Cyran sur le site du "Plan B" : www.leplanb.org/page.php)

Par Cumulolingus - Publié dans : Beurk
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