Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)

Publié le par Cumulolingus

Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)

Le 1er juillet 2018, un an après sa mort, Simone Veil entrait au Panthéon. Ma fréquentation du Mémorial de la Shoah à l’époque fait que j’ai suivi d’assez près l’événement. J’ai acheté la BD à cette occasion, même si je ne l’ai lue que récemment.

 

L’originalité du livre tient évidemment d’abord au fait que c’est une biographie mise en bande dessinée, un support engageant pour transmettre de vieilles histoires aux jeunes générations autant qu’à ceux que les livres sans images impressionnent. Autre point original : les flashbacks répétés dans le récit qui font des jeux d’échos entre différentes périodes de la vie de l’héroïne.
J’avais de Veil une vision contrastée. Ayant grandi dans une famille communiste, je la percevais à la fois comme une adversaire politique : elle a fait partie de la droite maastrichtienne, de ceux qui se sont battus pour renforcer l’Europe libérale qui écrase aujourd’hui les droits sociaux et les souverainetés nationales. En même temps, en tant que Juive ayant survécu aux camps nazis elle avait une place privilégiée dans mon imaginaire de gosse, sacralisant aussi bien les vainqueurs que les victimes du nazisme. Mon regard d’adulte l’a envisagée comme un autre type de grande dame : celle qui, emboîtant le pas à des luttes féministes passionnées pour la reconnaissance du droit à l’avortement, a su passer outre l’opposition machiste de l’Assemblée nationale et de son propre parti pour légaliser l’IVG en 1975.

 

 
L’histoire débute en novembre 1974. Le Président Giscard d’Estaing a donné à son Premier Ministre Jacques Chirac la responsabilité d’une loi portant sur l’Interruption Volontaire de Grossesse. Chirac en confie la tâche à Simone Veil, Ministre de la Santé. Je ne connais pas les  auteurs de la BD, pas plus que les détails politiciens de cette période : je m’en tiendrai donc à ce qui est raconté dans la BD. Giscard veut cette avancée libérale sur le plan des mœurs qui va cristalliser contre elle une immense opposition, mais il ne semble pas prêt à se mouiller. Chirac lui obéit tout en ayant visiblement des réserves sur ce projet de loi. Veil semble pour le moins seule, tourmentée par la forte opposition machiste au sein de l’Assemblée, par le lobbying anti-avortement qui fait rage dans l’opinion publique et dans la rue, et par ses souvenirs, ravivés par les insultes dont elle est la cible.
A travers le jeu d’échos que les auteurs ont mis en place, on voit successivement Simone Veil sous les traits d’une femme déterminée préparant son projet de loi à la fois contre ses adversaires de parti que contre une partie de ses propres troupes, d’une ado de 16 ans bouillonnante, révoltée contre un père qui a décidé d’obéir au gouvernement de Vichy en allant les déclarer comme Juifs, renvoyée de l’école en raison de sa judéité, suivant les cours que lui donne en cachette un professeur pour préparer son bac, puis finalement raflée par la Gestapo avec une de ses sœurs, son frère et sa mère.
 
Tous sont envoyés au camp de transit de Drancy, qui leur donne un avant-goût des privations et des humiliations qui les attendent. Le frère retrouve leur père, tous deux se portent volontaires pour aller travailler pour une entreprise allemande. Ils seront envoyés dans un camp de Lituanie et gazés dès leur arrivée. Les femmes, elles, voyagent dans des wagons à bestiaux jusqu’à Auschwitz-Birkenau. Les pages décrivent alors cette plongée dans l’horreur : la violence des gardiennes, les exécutions sommaires, la loi du plus fort entre prisonnières, mais aussi parfois l’entraide.
Simone Veil y fait la connaissance de Marceline Loridan-Ivens, qui deviendra une de ses meilleures amies. Ensuite elle fera l’expérience du camp de travail de Bobrek, d’une marche de la mort destinée à tuer un maximum de prisonniers avant l’arrivée des Russes et de Bergen-Belsen. L’horreur des camps minera encore la mémoire de celle qui monte à la tribune pour défendre son projet de loi, soucieuse de la dignité des femmes alors qu’elle se fait traiter de nazie par ses adversaires. Après le vote donnant la victoire à la légalisation de l’avortement, on voit finalement Simone âgée se rendant à Auschwitz, 60 ans après en avoir été libérée.
J’ai trouvé ce livre très pédagogique, jusqu'au code de couleurs qu'il établit pour qu'on se repère dans la chronologie : le bleu pour le présent, le jaune pour le passé encore innocent et le gris pour la période de la déportation, comme une parenthèse hors du monde incarné.
 
BRESSON, Pascal / DUPHOT, Hervé
Simone Veil : L’immortelle
Vanves : Marabout, 2018 – 176 p. (Marabulles)
 
Quelques extraits :
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Simone Veil : L'immortelle (Pascal Bresson et Hervé Duphot)
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article