Claire l'enragée (Mimmo Pucciarelli)

Publié le par Cumulolingus

Claire l'enragée (Mimmo Pucciarelli)
Mimmo Pucciarelli et l’Atelier de Création Libertaire (dont il est l’un des principaux animateurs) ont entrepris de brosser le portrait d’anarchistes d’aujourd’hui, loin des grandes figures barbues des pères du mouvement.
Une idée intelligente et qui s’inscrit bien dans la démarche de cette maison d’édition vieille de bientôt 30 ans de dépoussiérer l’anarchisme.
Ici Claire Auzias est à l’honneur et interrogée par Mimmo. Les deux se connaissent, du moins se sont-ils beaucoup côtoyés dans le milieu militant lyonnais. Claire est connue en tant qu’historienne, notamment pour les nombreux livres qu’elle a consacrés aux Tziganes.
Elle livre avec un franc-parler touchant les grands événements de sa vie en les mettant en lien avec l’actualité sociale et politique de l’époque.
De sa naissance dans une famille de profs communistes à son avortement à l’étranger et à son viol, jusqu’à son engagement dans le mouvement du 22 Mars de Lyon (mêlant courants d’"ultra-gauche" et anarchistes et inspiré par celui de Paris), à 17 ans elle a déjà de nombreuses cicatrices et un bon bagage politique.
Elle ne fait pas partie des têtes d’affiches dans les événements de mai 1968 auxquels elle participe, pourtant elle est là, consciente qu’elle a un rôle à jouer.
Puis vient l’Après-Mai, quand la tension sociale générale est retombée mais les rêves et désirs de changement encore brûlants dans la tête de nombreux jeunes révolutionnaires. Certains s’arment avec l’idée d’affronter le système les armes à la main. C’est le cas des amis de Claire. Une période de défonce à l’acide aussi, qui durera longtemps. Son amoureux tombera en attaquant une voiture de police et Claire, impliquée dans l’affaire, fera 8 mois et demi de prison.
Suivra un long voyage, de l’Ethiopie à l’Inde, avec encore la défonce à la clef.
En France Claire s’engagera dans le mouvement des femmes et le quittera, désapprouvant la course aux hauts postes de l’Etat de certaines des grandes figures du mouvement.
Elle se lance dans l’étude du passé, désireuse de réhabiliter la mémoire et la parole des proscrits et des marginaux.
Les premiers sur la liste seront les anarchistes lyonnais, auxquels elle consacre un livre, Mémoires libertaires.
Plusieurs livres naitront de cette longue histoire d’amour, dont Samudaripen, le génocide des Tsiganes (paru chez L’Esprit frappeur en 1999), un ouvrage précieux, mais aussi :
- La Compagnie des Roms (ACL, 1994),
- Les Poètes de grand chemin, voyage avec les Roms des Balkans (Michalon, 1998),
- Les Funambules de l’histoire : Les Tziganes entre préhistoire et modernité (La Digitale, 2002). (publié chez L’Harmattan en 1993), sur leur vie entre les deux guerres mondiales, puis viendront les Tziganes. Au début des années 90 elle ferait partie des premiers investigateurs non-gouvernementaux partis à la rencontre de ce peuple après la fin du bloc de l’Est.
Claire Auzias n’est pas un "maître à penser". C´est une femme au parcours parfois sombre, une femme d’engagements et de passions.
Ses ouvrages méritent d´être lus et connus, sa démarche intellectuelle de susciter des vocations.
 
PUCCIARELLI, Mimmo,
Claire l’enragée ! : Entretien avec Claire Auzias,
Lyon : Atelier de Création Libertaire, 2006 – 126 p.  (L’anarchisme en personnes)
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