Les bergers du Parti Socialiste

Publié le par Cumulolingus

Mon contact avec la France se fait par médias interposés. Via ce que je pioche sur le net (Le Monde, Le Monde Diplo, Là-bas si j'y suis, Rue 89 ou Bakchich le plus souvent). Quelques émissions de télé (Ce soir ou jamais, On n'est pas couchés et d'autres sur Arte). Plus les journaux militants que je reçois.
 
Venant de France j'entends pas mal de réactions qui vont dans le même sens. Des gens exaspérés qui appellent à aller voter massivement en 2012 pour virer "Sarkozy et cie". J’imagine qu’on est foule à en avoir marre de la politique menée par cet aristocrate depuis qu’il est au gouvernement, à se sentir floués, fliqués, bananés, volés et manipulés (j’ai en tête une grande tirade de Proudhon je crois). Mais hélas, avec des discours minimalistes comme des appels aux urnes sans plus de critique que ça... on en revient à appeller à voter pour le PS ! Et oui, encore les mêmes ! L’éternelle alternance gauche - droite à l’assemblée... pour un capitalisme plus ou moins féroce, plus ou moins faux-cul (selon le résultat des urnes) serait la ligne d’horizon des pauvres moutons que nous sommes dans cette vieille République.
 
Entre autres grâce à "Là-bas si j'y suis" je n'oublie pas que les urnes ne nous sauverons pas. J'ai de l'estime pour Alain Badiou, Hervé Kempf, Daniel Bensaïd, Howard Zinn, Noam Chomsky, François Ruffin... Même Mélenchon appellera à voter PS au 2e tour. Car c’est la morale des politiciens qui veut ça.
 
C'est bien le PS qui a décidé du passage au néo-libéralisme en France en 1983 (la bonne émission de décryptage du programme télé "Vive la crise !" le rappelle).
C'est le ministère d’Edith Cresson (PS encore) qui a mis en place les charters de sans-papiers, renouant avec des pratiques d’une autre époque.
C'est le gouvernement Jospin (PS) qui a proposé le 1er paquet des lois sécuritaires LSQ.
C'est François Mitterrand (PS) qui a fait faire 86 essais nucléaires avant la mobilisation internationale contre les 8 essais que Chirac voulait encore faire. 
On pourrait faire une longue liste.
Ca casserara un peu le moral de certains, mais le PS (et la gauche au gouvernement - PC et Verts qui les ont activement soutenus) nous a malheureusement montré qu’elle nous garderait soumis aux lois de la finance en maniant l'hypocrisie et le double langage. Le seul mérite de Sarkozy, c’est qu’il montre pour qui il roule : pour lui, ses amis, frères et cousins : les riches.
Si le PS est complice des banquiers. Sarkozy c’est les banquiers. Leurs désaccords vus d’en bas ne sont que des points de détails dérisoires.
 
J’avais eu l’occasion en 2003 de dire à Arnaud de Montebourg dans un de ses meetings à Montbéliard mon avis sur les réalisations conservatrices du PS. Ces oiseaux-là se donnaient du "camarade". Ça m’avait profondément écoeuré (je pense maintenant à une auditrice PS de "Là-bas si j'y suis" qui il y a quelques jours se plaignait de se faire maltraiter à cause de son appartenance au PS...). Eux qui ne doivent connaître la pauvreté qu’à la télé ou à travers des statistiques. Faire des promesses aux pauvres tout en ne cédant rien sur l’essentiel, qui se décide ailleurs (la Banque mondiale, le G20, le FMI, la Commission européenne ou la banque centrale, tous ces organismes qui ne sont pas élus). C’est le dada du Parti Socialiste.
 
Je ne pense pas qu’aucun changement ne soit possible. Je n’ai pas de recette miraculeuse. Mais je refuse d’être un mouton qui, après avoir été tondu par un gouvernement, va en redemander. Je n’ai pas oublié quels partis ont été au pouvoir avant Sarkozy. J’ai 32 ans et je sais qu’une grande partie de ce que j’ai vu se dégrader autour de moi depuis mon enfance, c’est au Parti Socialiste que je le dois, à force de grandes tromperies, de petites lâchetés ou en fermant simplement les yeux. Si nous voulons vraiment changer les choses en profondeur et de manière durable (au niveau national ET international, social ET écologique - difficile de les séparer !) il va nous falloir faire un grand effort d’imagination : inventer d’autres moyens de luttes et de modes de décision, contrôler les gens que nous choisissons, être moins soumis à nos peurs, au crédit, à la pub ou à des pratiques strictement légalistes, être prêts à perdre certaines choses personnelles pour en partager et découvrir d’autres joies avec d’autres.
Quoiqu’il arrive la perspective de voter pour un candidat du PS sonne comme un renoncement. Je n’aurais même plus le sentiment de me voir comme un "rêveur naïf" mais comme un sacré imbécile.
 
Merci à Mermet, Ruffin, Pascarielo, Anquetil et tous les autres pour le boulot essentiel d'information qu'ils font ! Je souhaite bon courage à tous les gens qui en bavent par les temps qui courent et qui liront ce message.
 
Salut et fraternité !
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