Présentation

Rechercher

Liens à explorer

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Jeudi 29 novembre 2007

"L'Ennemi intime" (réalisé par Florent Emilio Siri et sorti en salles le mois dernier) met en scène la guerre d'Algérie, une guerre inavouée par l'Etat français - pendant longtemps les envois de troupes étant justifiées officiellement par des opérations de "maintien de l'ordre". Cette guerre, on la voit à travers les yeux d'un jeune officier français idéaliste, Terrien (interprêté par Benoît Magimel), qui choisit d'aller au front alors qu'il aurait pu rester à l'arrière (c'est d´ailleurs ce qu'on lui dira à son arrivée). Il est aussitôt révolté par la cruauté des soldats de son camp et les moyens qu'ils mettent en oeuvre pour erradiquer ceux qu'ils appellent les "fellaghas", partisans de l'indépendance. Terrien se met à dos certains de ses supérieurs.

Jusqu'à un certain stade du film j'ai eu peur de voir une tentative de donner une certaine moralité à l'armée française dans les efforts acharnés de ce jeune officier pour réformer les comportements de ses congénères. 
Il lance même à un de ses supérieurs : "Quand un ordre est immoral il faut le refuser."

Avec cette logique-là il n'y aurait pas eu beaucoup de guerres dans l'histoire. Tout dépend d'ailleurs de ce qu'on considère comme moral ou immoral... Et que signifierait une guerre "propre" ?

Toujours est-il que notre officier va devoir descendre de son petit nuage, car la guerre qu'il voudrait mener guidé par la morale est une réelle boucherie. On voit régulièrement le résultat des exactions du FLN : d'un vieillard à qui on a coupé le nez et les lèvres... à tout un village égorgé.

Un reproche que je pourrais faire à ce film : on aurait presque l'impression que l'armée française est contrainte à la cruauté pour répondre à celle des rebelles algériens.




Un élément cependant qui est mis en avant m'a pris au ventre : c'est l'horreur d'un combat fratricide. Dans une scène troublante deux Arabes discutent. L'un se bat pour l'armée française et l'autre pour l'indépendance de l'Algérie et doit être fusillé. Le condamné fait une démonstration à l'autre en allumant une cigarette des 2 côtés. Il lui explique : la cigarette c'est toi, d'un côté c'est l'armée française, de l'autre le FLN...

Tous les deux se sont battus contre le fascisme quelques années plus tôt, dans le même camp. La scène qui suit est une des célèbres corvées de bois : on fait semblant de libérer le condamné à qui on dit de décamper pour lui tirer dans le dos. Mais l'officier chargé de l'exécution hésite quand le condamné accroche sur sa poitrine sa médaille de la Deuxième Guerre. Il ordonne à ses hommes de ne pas tirer, mais c'est l'autre Arabe qui l'abat.

A mes yeux, ce sont deux des aspects les plus intéressants du film : l'affrontement entre ex-libérateurs de la France de 1945 ; la relation des Arabes entre eux, leurs visions de l'Algérie et de cette guerre civile qui les fait se déchirer.

Un autre personnage que je trouve significatif est l'enfant que le jeune officier sauve dans le village massacré par les partisans du FLN. Au début du film il est pour le FLN, puis sauvé par Terrien il reste avec lui. Enfin, à force de côtoyer la barbarie des pacificateurs, de voir les séances de torture, il s'enfuit. Dans les dernières images on comprend qu'il a rejoint les rebelles.

Au niveau moral, cette guerre est une honte pour la France qui a reconstruit son identité nationale après 1945 sur l'héroïsme des héros qui ont participé à sa libération. En Algérie elle les a fait s'entretuer. La dernière phrase du film est éloquente : c'est seulement en 1999 que la France a reconnu qu'il y a eu la guerre en Algérie.

 

 

Ce film, je le rapprocherais de "La Question" (réalisé en 1977 par Laurent Heynemann d'après le livre d´Henri Alleg) qui traite également de la période de la guerre d'Algérie. Autant dans "L'Ennemi intime" on voit le front et le quotidien des militaires, dans "La Question" on voit d'autres aspects de cette guerre officieuse (le caractère fantôche du pouvoir des représentants de la métropole, la toute puissance des paras qui exercent la terreur et dissimulent la torture pour respecter une démocratie de façade, la traque aux opposants politiques, l'utilisation d'anciens collabos pour lutter contre les partisans de l'indépendance).

Il est bon de recouper les deux films pour avoir une meilleure vision de cette période. Les scènes de torture sont plus pudiques dans "La Question" alors qu'elles sont violentes et détaillées dans "L'Ennemi intime", notamment les passages avec la gégenne.

Les manières de filmer ont en effet bien évolué au cours des trente ans qui séparent la sortie des deux films et le public d'aujourd'hui a bien plus l'habitude de la violence à l'écran. Si "L'Ennemi intime" est un énième film à grand spectacle dénoncant l'horreur de la guerre, "La Question" est lui un film politique mettant à l'index la continuité de certaines pratiques de lutte anti-subversive utilisées par l'Etat français, tantôt contre les résistants sous le régime de Vichy, là contre les démocrates en démocratie officielle.

Je voudrais finir par une citation du livre de Benoist Rey, "Les Egorgeurs", chroniques d'un appelé pendant la guerre d'Algérie (publié en 1961 aux Editions de Minuit et aussitôt saisi pour des raisons politiques assez évidentes, puis réedité en 1999 par Les Editions Libertaires). Il termine ainsi un poème inspiré par cette boucherie dans laquelle on l'a envoyé :

"Faire la guerre, c'est être moins qu'un homme et bien plus qu'un salaud."

 

Par Cumulolingus - Publié dans : Critiques de films
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus